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Grange-Blanche, Louise Labé et Pierre-Toussaint de Chazelles

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Le château de Grange-Blanche est situé au nord du bourg dans un parc aux arbres majestueux.
Il fut la résidence de Louise Labé qui y mourut en 1565. Le château de Grange-Blanche a été appelé Maison Borghèse au XVIII° siècle. Au XIX° siècle, l’époque romantique l’agrandit et l’agrémente d’une chapelle et de tourelles de part et d’autre du logis du XVI° siècle.
Vers les années 1530-1550, Lyon, porte de l’influence italienne, rayonne d’une vie intellectuelle particulièrement brillante : c’est « l’Ecole Lyonnaise ». C’est à Lyon que Rabelais publie Pantagruel, puis Gargantua. D’autre part, renouvelant, au moins en esprit, les « cours d’amour » du Moyen Age, un cénacle raffiné et courtois fait alors de Lyon la capitale de la poésie française :
Antoine Héroët y publie en 1542 « La parfaite amie ». Maurice Scève écrit « Délie, objet de plus haute vertu » en 1544. Deux poétesses font partie du groupe lyonnais : Pernette du Guillet et LOUISE LABE. On appelle Louise (ou Louyse) Labé « la Belle Cordière » car son mari était marchand de cordes.
En bouleversant l’ordre des lettres de son nom – le goût de l’anagramme était très à la mode à cette époque – Louyse Labé s’est donné le surnom de « Belle à Soy », pendant de celui de « Belle Cordière » qui lui a été imposé par son rang social. Les sonnets de Louise Labé sont remarquables par la sincérité des sentiments.« Dotée d’un sixième sens, l’amour, la Belle Cordière a vécu une vie double : bourgeoise lyonnaise et courtisane « italienne ». Si elle a dilapidé ses charmes et « versé l’amour au calice de la nuit », elle n’a donné son cœur qu’à un seul homme ».

La personnalité de Louise Labé est riche et complexe. « Le plus grand poète féminin de la Renaissance française n’est encore connu du public cultivé que par quelques sonnets d’amour quand ce n’est pas par la légende malveillante qui s’est attachée à ruiner la réputation de la Belle Cordière… A la vérité, on connaît bien peu de choses de la vie de Louise Labé…L’Epitre dédicatoire à Clémence de Bourges, la dédicace de ses « Œuvres », est un texte important pour l’histoire de l’humanisme et du féminisme : Ce sont les femmes éclairées qui ont le devoir moral de se mettre à l’étude et de composer des ouvrages littéraires…Ne gaspillez pas les talents qui vous ont été donnés ; consacrez-vous dès maintenant à l’étude des sciences et des lettres…
A la revendication de l’accès à la culture pour les femmes, si vigoureusement formulée dans l’Epitre dédicatoire, s’ajoute dans le Débat l’espoir que cette culture aura un effet civilisateur sur les hommes »
Louise nous donne une belle définition de ce « vrai et entier Amour qui ne cherche pas son profit mais celui de la personne qu’il aime ».
Grâce à l’éducation que son père lui a fait donner, Louise Labé connaît parfaitement plusieurs langues anciennes et modernes. Elle est fortement influencée par les modes d’expression et de pensée italiens, ceux de Pétrarque en particulier. Elle a contribué à modeler notre langue et notre mentalité moderne.
Le « Débat de Folie et d’Amour » est écrit en « françois » nouveau, comme l’ensemble de son œuvre.
Il est l’expression allégorique, sous l’apparence d’un joyeux divertissement, de la vaste entreprise législative conduite par François I°. Louise Labé s’est en effet enhardie à poser la question des liens entre la justice et le pouvoir politique.
L’ordonnance de Villers-Cotterêts fait passer sous le seul contrôle du roi les justices seigneuriales et ecclésiastiques, et en imposant à son administration l’emploi de la langue « vulgaire » : le français, François I° entend bien unifier une mosaïque éparse de lois.
En inaugurant, avant Montaigne, une réflexion sur la loi, Louise Labé met bien en évidence le rôle temporisateur imparti à l’écrivain humaniste et, partant, la fonction de contre-pouvoir dévolue à la littérature ; en d’autres termes : une mission morale incombe à celui qui prend la plume avec l’intention de témoigner de la réalité de son temps. Grâce à sa condition de bourgeoise aisée, garante d’une autonomie tout à la fois matérielle et morale qui la dispense de solliciter, en échange des serviles louanges, ces faveurs que tant d’autres briguent, Louise Labé s’arroge le luxe d’être le seul auteur de son temps à publier sous sa véritable identité une réflexion politique, menée avec une liberté de ton et une heureuse désinvolture qui font l’admiration de ses contemporains.
Les courants de l’humanisme, du féminisme et de la valorisation du français constituent, dans l’atmosphère fastueuse de la Renaissance et de l’influence italienne, les thèmes et les ressorts de l’ « Ecole Lyonnaise ». « Heureux temps où la littérature fut tout à la fois savante et populaire ».

Voici deux de ces sonnets :
Sonnet XIV :
« Tant que mes yeux pourront larmes épandre,
A l’heur passé avec toi regretter ;
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;
Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien faire que toi comprendre.
Je ne souhaite encore point mourir.
Mais quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée et ma main impuissante,
Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante :
Prierai la Mort noircir mon plus clair jour ».[/col_13]
Sonnet XVII :
« Baise m’encor, rebaise moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chaud que braise.
Las, te plains-tu ? ça ! que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets, m’Amour, penser quelque folie :
Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie ».

Au début du XIX° siècle, le château de Grange-Blanche appartient au peintre Pierre Toussaint de Chazelles. La famille de Chazelles est originaire de Saint-Etienne, elle s’installe à Lyon à la fin du XVII° siècle.
Plusieurs de ses membres sont « maîtres marchands mouliniers de soies ».
Pierre-Toussaint de Chazelles nait à Lyon le 1° octobre 1752 et décède le 15 octobre 1833.
Une de ses sœurs, Jeanne-Antoinette épouse à Lyon Jean-Baptiste Brossat, négociant à Lyon et guillotiné comme contre-révolutionnaire en 1793. La fille de Jean-Baptiste Brossat et de Jeanne-Antoinette de Chazelles épouse Antoine Chalandon, maire adjoint de Lyon sous la Restauration.
Le domaine de Grange-Blanche est resté dans la famille Chalandon depuis lors.
Pierre-Toussaint de Chazelles est surnommé « le Raphaël de la Fabrique Lyonnaise ». La « Fabrique » est le nom donné à l’activité lyonnaise liée à la soie, qui fonctionne autour du couple « marchands-fabricants » et « maîtres façonniers et compagnons ».
Pierre-Toussaint de Chazelles est élève de Donat Nonotte à l’école de dessin de Lyon, puis du peintre de fleurs E. Douet à Paris. Vers 1770 - 1780, il est promu chef du cabinet de dessin de la « maison Guyot et Germain » qui est à l’origine de la « Manufacture Prelle ». Il devient rapidement associé.
La « Maison » Guillot et Germain travaille pour l’ameublement et le vêtement : gilets et ceintures tissés et brodés. La « Maison » est alors prospère et connaît un succès notoire à l’étranger : Russie, Etats allemands, Pologne et même à la cour de Constantinople. Elle s’est fait une spécialité des ceintures polonaises : grandes écharpes dans la tradition persane.
A la fois dessinateur de la « Fabrique » et fabricant de soierie, Pierre Toussaint de Chazelles est un novateur dans la technique du dessin et cherche à renouveler la gamme des tons utilisés. Il voyage aussi pour livrer ses étoffes et se montre aussi habile négociant que bon dessinateur.
Compromis dans l’insurrection de 1793, il se cache pour se consacrer à la peinture. Au lendemain de la Révolution, il s’efforce de ranimer la Fabrique Lyonnaise. C’est lui qui, en 1803, obtient et dirige l’installation au Palais St Pierre d’un musée qu’il fait visiter à Napoléon en 1805.

Continuer sur la route de Reyrieux, puis prendre à gauche le chemin des Minimes. Voir à droite un pigeonnier et à gauche un beau point de vue sur Grange Blanche. Passer sous le pont, prendre à gauche le chemin de la Charité. Au carrefour, voir la croix d’Ain. Prendre la rue Conte de Chateaubriand.

On longe l’ancienne voie ferrée Lyon – Trévoux ouverte le 1er juin 1882. La ligne a été fermée aux voyageurs en 1938 et aux marchandises vers les années 1990. Une étude est en cours pour la réouverture de cette ligne (Région Rhône-Alpes, Grand Lyon, Réseau Ferré de France, Communauté de Communes de Dombes-Saône Vallée)
La réouverture Sathonay – Neuville-sur-Saône est envisagée en 2025.